MotoGP : l'ère Ducati, et après ?
MotoGP

MotoGP : l'ère Ducati, et après ?

Trois titres pilotes consécutifs (Bagnaia 2022 et 2023, Martin 2024) et sept saisons de domination des constructeurs : Ducati a redessiné la hiérarchie MotoGP. Comment et pour combien de temps ?

CCléo Verdun
10 min

La saison 2024 a vu Jorge Martin sacrer le troisième titre pilote consécutif d'une moto Ducati Desmosedici. Avec Pramac Racing, le pilote madrilène a battu Francesco Bagnaia (Ducati Lenovo Team) sur la dernière manche à Barcelone, prolongeant une domination de la marque italienne désormais sans équivalent dans l'histoire récente du championnat. Anatomie d'un changement de paradigme.

Du retour aux affaires (2007) à la domination totale (2022-2024)

Ducati a remporté son premier titre pilote en 2007 avec Casey Stoner. La marque de Borgo Panigale est restée dans l'ombre durant les années Honda-Yamaha (2008-2018), avant la révolution Gigi Dall'Igna entamée en 2014 : refonte aérodynamique, pneus arrière dédiés, holeshot device, ride height device, intégration de l'aérodynamique sol. Chaque innovation a forcé Honda et Yamaha à réagir, mais avec un cycle de retard.

En 2022, Bagnaia décroche le titre pilote. Il le double en 2023. Martin (Pramac Ducati, équipe satellite avec moto officielle) prend la relève en 2024. Trois titres consécutifs : du jamais-vu chez Ducati, et un score qui rappelle la suprématie Honda-Doohan des années 1990.

Pourquoi Ducati est devenu intouchable

Trois facteurs expliquent cette domination. D'abord, la densité de pilotes : Ducati aligne huit motos sur la grille (Lenovo, Pramac, VR46, Gresini), soit le double des autres marques. Ce volume permet de tester plus de pièces, de récolter plus de données et d'identifier la meilleure direction de développement.

Ensuite, l'aérodynamique. Dall'Igna a fait de la GP24 la première MotoGP à intégrer un véritable plancher actif, comparable aux F1 de l'effet de sol. Les écuries adverses (Honda, Yamaha, Aprilia, KTM) ont dû courir derrière sans jamais combler totalement le retard.

Enfin, le moteur Desmosedici (V4 90°) reste la référence en termes de couple, de fiabilité et d'efficience. Aucun fabricant n'a pu produire un V4 aussi compétitif sur les six dernières années.

L'année 2026 : la transition s'amorce

Pour 2026, la donne change. Aprilia a recruté Bezzecchi en 2025, puis Martin pour 2026 : avec deux pilotes de top du championnat, la marque de Noale (RS-GP) signe trois 1-2 d'affilée à l'ouverture de saison. Bezzecchi mène le championnat à Jerez, Martin n'est qu'à quatre points. Ducati, avec Bagnaia et le rookie Marc Marquez (transféré de Gresini Ducati à l'équipe officielle), peine à imposer le rythme.

KTM (Acosta, Binder) et Honda (Marquez Joan, Mir) restent en retrait, mais Aprilia représente la première menace sérieuse pour l'hégémonie Ducati depuis 2021. Le règlement 2027 (cylindrée passant de 1000 à 850 cm³, suppression progressive des aides aérodynamiques actives) pourrait rebattre les cartes encore plus brutalement.

Et ensuite ?

L'enjeu pour Ducati est de maintenir sa supériorité technique avec moins de pilotes (Marc Marquez parti chez Aprilia ? annoncé chez Honda HRC pour 2027 ?) et un règlement plus contraignant. La fenêtre de domination 2022-2025 pourrait rester comme la période la plus pure de l'ère Dall'Igna.

Pour le contexte 2026 : lire le récit de Jerez 2026 et notre fiche pilote Jorge Martin.

Photo : Wikimedia Commons (voir source et licence du fichier)

MotoGPDucatiApriliaBagnaiaMartinAnalyse
C

Cléo Verdun

Journaliste culture sport. De la montre au paddock, elle couvre le sport automobile comme objet de culture autant que de performance. Travaille spécifiquement les angles patrimoniaux, livrées, sponsoring et histoire du sport. Approche de fond, sources documentées, pas de sensationnalisme.

À lire aussi