Nürburgring 24h : la météo, ce 25e pilote qui décide souvent de la course
Brouillard, grêle, neige fin mai, pluie diluvienne. Sur les dix dernières éditions des 24 Heures du Nürburgring, la météo a interrompu la course à plusieurs reprises. Récit de ce que l'Eifel impose à cette épreuve.
Personne ne prédit la météo du Nürburgring à dix-huit jours. La preuve par les archives : sur les dix dernières éditions, au moins six ont vu un drapeau rouge déclenché par les conditions, et plusieurs ont été significativement écourtées. Avant le départ du 16 mai 2026, retour sur ce que le climat de l'Eifel a imposé à la course depuis dix ans.
Pourquoi le 'Ring est météo-dépendant
Le circuit se trouve à environ 600 mètres d'altitude dans le massif de l'Eifel, à l'ouest de l'Allemagne. La géographie du tracé, qui serpente sur plus de 25 kilomètres entre forêts, vallées et plateaux, crée des microclimats : il peut pleuvoir sur une portion de la Nordschleife pendant que la GP-Strecke reste sèche. Mai correspond à la transition printemps-été, fenêtre où la pluie reste fréquente et où les nuits descendent sous les 10 degrés. Le brouillard de vallée est une donnée structurelle. Tout cela transforme la course en exercice de lecture autant que de pilotage.
2016 : grêle et pluie, drapeau rouge après 50 minutes
La 44e édition a été interrompue cinquante minutes seulement après le départ. Une averse mêlée de grêle a transformé la Nordschleife en patinoire, provoquant plusieurs accidents et une interruption longue avant la reprise. Les BMW M6 GT3 alors en lice ont été particulièrement affectées par les multiples crashes en début d'épreuve. Mercedes-AMG (Black Falcon, SLS AMG GT3) a finalement remporté la course.
2018 : sec puis pluie nocturne, fin sous brouillard
Départ sous le soleil, pluie pendant la nuit, brouillard dans les trois dernières heures. La course a été interrompue en fin d'épreuve par les conditions de visibilité, et reprise pour un sprint final de 90 minutes. Manthey Racing, sur Porsche 911 GT3 R, en sort vainqueur avec Frédéric Makowiecki, Patrick Pilet, Richard Lietz et Nick Tandy.
2020 : décalée à septembre, neige en mai
L'édition 2020 prévue les 21-23 mai a été reportée à fin septembre pour cause de pandémie. Les semaines précédant la date initiale ont aussi connu d'importantes chutes de neige sur l'Eifel, situation rarissime pour un mois de mai et qui a perturbé les essais privés. Lorsque la course s'est finalement disputée en septembre, elle a été stoppée à 22h33 le samedi pour pluie diluvienne et visibilité dégradée, et n'a repris qu'à 8h00 le dimanche, après plus de neuf heures de neutralisation totale.
2021 : la plus courte édition de l'histoire
Pluie torrentielle dans la première heure (zone d'Aremberg), aquaplaning généralisé sur des voitures encore en pneus slicks, accidents en chaîne. Drapeau rouge après six heures pour brouillard épais. Aucune relance avant midi le dimanche. Au total, environ 9h30 de course effective et 59 tours pour les leaders. La plus courte édition jamais disputée. Manthey-Porsche s'impose à l'usure.
2023 : conditions mixtes, victoire historique Ferrari
La 51e édition s'est déroulée dans des conditions changeantes mais sans interruption majeure. Frikadelli Racing Team signe la victoire générale en Ferrari 296 GT3, première victoire d'une marque italienne au général et premier vainqueur non allemand au général depuis Chrysler en 2002.
2024 : brouillard, course écourtée
Brouillard dense le samedi soir sur la Nordschleife. La course s'est arrêtée et n'a repris que le dimanche à 13h30 pour cinq tours à vitesse réduite avant l'arrivée anticipée. Au total, 8h57 de course effective. Scherer Sport PHX (Audi R8 LMS GT3 Evo II) signe la victoire avec Stippler, Mies, Feller et Marschall, septième succès d'Audi au général.
2025 : conditions globalement praticables, fin disputée
Pas d'interruption météo majeure pour la 53e édition. Manthey EMA franchit la ligne en tête mais une pénalité de 100 secondes, infligée trois heures avant l'arrivée pour collision avec une Aston Martin GT4, donne la victoire à Rowe Racing sur BMW M4 GT3 Evo (van der Linde, Farfus, Krohn, Marciello). Vingt-et-unième victoire BMW au général.
Statistique sur dix éditions
Sur les éditions 2015-2025 (hors 2020 décalée à septembre), au moins cinq ont connu une interruption longue liée à la météo (2016, 2018, 2021, 2024, plus 2020 sept.). Soit la moitié. Statistiquement, partir au Nürburgring 24h sans envisager un drapeau rouge climatique relève de l'optimisme. Pour le détail du plateau 2026 et des écuries spécialement préparées à ce contexte, lire la preview Nürburgring 24h 2026. Pour le récit complet de la finale 2025 Manthey-Rowe, voir Rowe Racing remporte le 24h 2025.
Photo : Wikimedia Commons (voir source et licence du fichier)
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Max Van Der Walen
Analyste motorsport. Couvre la F1, l'endurance et les séries ouvertes depuis 2018. Précision technique, zéro tolérance pour l'approximation.
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